13/04/2018

Provocations 20

9 décembre 2007


À qui l’dis-tu ? Je t’avais prévenu, en te relisant, quand tu seras un peu plus sage, tu réaliseras à quel point ce que tu dis est vrai et, bien entendu, pas seulement en ce qui concerne tes connaissances techniques.
Tu observeras surtout à quel point tu es sur la défensive. Il t’a fallu toutes ces recherches sur le net pour me sortir la banalité de la trinité hindouiste qui au passage ébrèche passablement ton principe premier. Mais bon je ne vais pas épiloguer d’une part parce que je ne suis pas un spécialiste, (et oui parfois il est préférable de se répéter, surtout quand on s’adresse à un con ((c’est toi qui l’dit)) et d’autre part parce qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Pousse un peu plus ta recherche et tu auras pour toi tout seul le mérite d’éclairer ta communauté de moutons.
Concernant ton tantra  chéri, si le chemin est le but, je ne vois pas comment il pourrait être encore loin. C’est donc bien là et maintenant. Mais ça devient gênant parce qu’il n’y a plus rien à faire et tu ne sauras plus comment remplir tes journées.
Ton point 4 m’interpelle particulièrement et illustre parfaitement mon propos. À te lire, on a la sensation d’être en présence d’un être qui en connaît un bout sur la question, tu parles comme si cette réalisation partielle était ton lot quotidien. Comme ce n’est certainement pas le cas, tu ne fais donc que répéter ce que tu as lu ou entendu, comme les moutons de la communauté. Elles sont bien loin les mises en garde de ton cher Lama Yeshe qui avait pour “mot d’ordre” : “check by yourself”. D’ailleurs, ton incohérence est ici manifeste puisque tu fais systématiquement l’erreur de l’espace-temps. La réalité temporelle est une manifestation samsarique, pour utiliser tes termes, qui disparaît lorsqu’on a plus conscience d’un "je" qui perçoit. Dès lors, comment cette réalisation serait-elle être une parenthèse momentanée ?
Je serais aussi très curieux de savoir ce que tu voulais dire par “Ce qui me fait flipper, c’est que je passe mon temps à créer des actions négatives avec cette théorie !”.
J’aurais donc mal interprété le terme de rétribution ?
Quant à ton sentiment d’être si différent du troupeau, je me contenterai de te renvoyer à ta chère communauté sans laquelle tu ne serais rien, voire moins puisque tu parlais de te tirer une balle.
Je dois t’avouer que je suis un peu las de remettre les pendules à l’heure et notre pause forcée m’a permis de relativiser la valeur de nos échanges. En fait, comme je te le disais auparavant, je ne souhaite pas aider mes semblables, mais la provoc perd son sens. Peut-être suis-je aujourd’hui suffisamment en harmonie avec moi-même pour ne plus avoir besoin de me rassurer en déconstruisant les différents systèmes qui permettent aux hommes de survivre. Je reste pourtant conscient que la lassitude est une forme de rejet qui n’est que le pendant du désir, c’est pourquoi je reste ton dévoué serviteur et je prendrai tout le temps que tu estimeras nécessaire pour répondre à tes courriels. Je n’ai plus beaucoup d’attentes ou de réticences et tu es mon instant présent.
En attendant que ça passe…


PS. Ça a dû être vraiment dur, dur sans internet. T’as remplacé par quoi ?


Rétribution


J’oubliais, à l’avenir fais un petit effort de sémantique.

Larousse de poche : Rétribution :
Somme d’ argent donnée en échange d’un travail, d’un service.


C’est tellement jouissif de se faire traiter de con par les cons, tu ne trouves pas ? En tous cas moi, ça me fait mouiller… Merci donc pour ce moment de bonheur. Mais comme ce moment fait désormais partie du passé, et qu’il y a peu de chance qu’il se reproduise avec la même intensité, je pense aussi que nos provocs réciproques ne mènent à rien, si ce n’est de se solidifier en réaction. Ton ton agressif illustre mon propos.
Ton incohérence se manifeste lorsque tu me proposes de "check by yourself", et en même temps ironise sur le fait de méditer quotidiennement. Ce moment est justement la meilleure façon de vérifier, et si ça marche, de faire tomber les barrières.
Si la disparition du "Je" est reproductible à volonté, et dirais-je même ne cesse pas, alors là oui, la réalisation est réelle. Si ce n’est qu’un moment de grâce qui se produit sans véritable volonté, et qui ne peut se produire quand on le désire, qu’il cesse en même temps que le soleil se couche derrière le Jura, alors ce n’est qu’une parenthèse.
Inutile donc de te forcer à vouloir remettre les pendules à l’heure (à ton heure bien sûr), il te vaudrait mieux garder cette énergie pour tenter de vivre l’instant. J’ai aussi l’impression de perdre mon temps… A quoi bon… ???
Et pourtant, elle tourne…


PS : 1. toutes mes recherches sur le net, comme tu dis, se sont réduites à taper brahma dans google, et boum, wikipedia. 15 sec max.
2. Je viens d’avoir François au tél. il m’a raconté votre rencontre au volant. Nos dialogues ont donc une place dans ta vie… intéressant.
3. La privation d’internet fut pénible par moments, mais j’en ai profité pour faire le ménage. Quand ya, ya, quand ya pas, ya pas.

14/03/2018

Provocations 19

8 décembre 2007


Muskil nahi hai !


Punaise ce que je peux être con des fois, j’hallucine ! J’ai changé de provider internet, et j’ai donc dû utiliser une nouvelle box. Je me suis planté dans une prise à la con, et ça marchait naturellement pas. Je pestais contre Télé2 de merde, qui me prive d’internet depuis 6 jours. Ce soir, je décide de tout recommencer à zéro, et je vois le bug. Je me sens tellement ridicule… Comme la fois où je vais rapporter un truc à pile qui marchait pas et le vendeur remet les piles à l’endroit… Trop la honte. Enfin, l’essentiel est d’être à nouveau connecté, n’est-il pas ?
Enfin, quand je te lis, je me dis que ce n’était pas plus mal d’être privé d’internet… Que de clichés éculés… En plus, t’aurais tendance à radoter, Roger ! Enfin, je dois pas le dire trop fort non plus ; je suis aussi pas mal dans le genre. On a au moins le mérite d’être cohérents. Bon, trêve de préliminaires, entrons donc dans le coeur du sujet.


1. Ma connaissance de l’hindouisme est sans doute partielle, mais en ce qui concerne Brahma, nous sommes nombreux à partager la même erreur : "Brahmâ est le dieu créateur de l’hindouisme, le premier membre de la Trimurti, la trinité des déités hindoues majeures (toutes écloses d’un oeuf), les autres membres étant Vishnou et Shiva… Ce dieu est un deus otiosus : bien qu’étant le créateur de toutes choses, il n’y a qu’un seul temple lui étant totalement dédié, à Pushkar au Rajasthan… Dans le bouddhisme, Brahmâ n’est pas considéré comme le créateur du monde mais comme le roi des dieux ; il est, comme toute créature en dehors des bouddhas et des arhat, soumis au cycle du samsara."
Encyclopédie Wikipedia
Peut-être devrais-tu apporter un rectificatif pour éclairer la communauté ? Wikipedia serait-elle un nid d’infiltrés bouddhistes masqués…


2. Comparer est-ce critiquer ? Je n’ai fait que mentionner les différences entre hindouisme et bouddhisme. C’est ton interprétation (qui voit que l’explication bouddhiste va plus loin) qui te fait me soupçonner de critiquer. Poser des questions peut montrer les limites des réponses de chaque tradition. Mais libre à chacun de se contenter des réponses données…


3. Le Tantra, du moins dans sa forme la plus aboutie, est une méthode d’accomplissement, c’est-à-dire d’expérience directe par le travail sur le corps subtil. Ce n’est plus une projection, c’est une actualisation. Le chemin devient le but. Une fois de plus, ce n’est qu’une méthode, mais certainement l’une des plus rapide et efficace (du moins si l’on considère celles qui sont actuellement transmises dans ce monde…) C’est fou comme tu ne peux pas admettre qu’une méthode fonctionne, parce que le pratiquant n’a pas des antennes qui lui poussent sur le crâne, ou qu’il ne se met pas à léviter à tout va. Tu n’est qu’un cartésien indécrottable !


4. La disparition du "Je" qui perçoit lors de l’expérience du présent n’est qu’une mise entre parenthèses momentanée. On est encore loin de la réalisation suprême, comme tu l’écris. Celle-ci implique en effet une extinction permanente du "Je", avec comme conséquence la sagesse et la compassion universelle et ultime. Plus aucune influence karmique, la liberté totale et complète.


5. Même si tu ne penses pas que cette méthode puisse permettre de remettre le "Je" à sa juste place, pourtant il suffit de constater les résultats sur certains êtres existant aujourd’hui sur cette planète (tu en as rencontré toi-même quelques-uns).


6. Quant à la "rétribution", j’aurais parié ma main droite que tu tomberais dans le panneau à pieds joints… Je le connais mon Pierrot. J’ai hésité à utiliser le mot mérite, mais je me suis dit que ce serait un peu gros. J’utilise le mot "rétribution" pour "résultat", "conséquence". Comme la rétribution de mettre sa main dans le feu, c’est de se brûler. Il n’y a pas de notion de punition, ou de récompense, ou de jugement. C’est juste la conséquence d’une action particulière et de la nature du feu, qui est de brûler. Le feu n’a pas l’intention de punir, de brûler. C’est simplement sa nature. Même chose pour le karma, le mérite, la rétribution, quel que soit le terme employé.


7. Nul besoin d’attendre d’être Bouddha pour ouvrir sa gueule ; seulement, être conscient que l’analyse et que la réponse donnée sont biaisées par le filtre de ses propres certitudes, ignorance, orgueil, attachement, colère, etc. Sachant cela, on devient peut-être plus prudent, moins tranchant, moins blessant. Le consensus helvétique, quoi ! ;-)


8. Quant à Loretta, sans faire de la psycho à deux balles, je pense que son principal problème provient d’un grand manque de confiance en elle, de self esteem, ce qui se manifeste par une parano qui fait office de bouclier protecteur. Manque d’amour probablement… C’est vrai qu’avec toi, ce ne doit pas être évident… mais elle était prévenue !


9. L’isolement qui nous guette, comme tu dis, est déjà présent ici. C’est tellement jouissif. J’appellerais ça solitude plutôt. Je me sens tellement différent de mes congénères, je n’ai pas (ou plus ?) cet instinct grégaire qui me pousserait vers le groupe. Et pourtant, je suis bien avec les gens (pas trop longtemps quand même). Puissé-je mourir seul, sans regret, sans crainte de perdre ou de quitter, paisible… Do not worry for the Chapati, c’est juste le signe que notre anéantissement est proche…


Que le Manitou t’éclaire, Albert !


PS : 1. le C majuscule était bien évidemment volontaire… pas de fausse modestie voyons, n’ayons pas peur d’être tout simplement géniaux…
2. par both dur, je signifiais longue est la route… c’est ce que répondent certains vieux himachalis quand on leur demande si c’est encore loin…

12/02/2018

Provocations 18

3 décembre 2007


Le pari de Pascal


Un poil cynique et moqueur ce pari. Mais je dois t’avouer que je suis parfois tenté de réciter des mantras puisque ça a l’air de fonctionner. Je reste pourtant convaincu, mais de façon très mentale, que c’est l’effet placebo qui est essentiellement à l’oeuvre. Ensuite il y a les sons et tout particulièrement les voyelles qui ont le pouvoir de faire vibrer le squelette et les organes. Suivant la fréquence, tu entres en vibration avec les différentes parties de ton corps et il devient possible de faire des miracles comme l’éveil de la Kundalini par exemple. Ça c’est donc la partie du bas, corporelle qu’on pourrait nommer le hatha-yoga. Ensuite, le fait de faire une prière te met automatiquement dans une position d’humilité et de demande qui permet à l’individu de réaliser la médiocrité de son existence mais surtout par le coeur. Il partage ce mal être avec ses semblables et développe ainsi par projection une certaine forme de compassion. C’est le bhakti yoga, le yoga de la dévotion. Et puis, pour compléter le tableau et ainsi travailler de façon intégrale, il reste le jnana yoga, la purification de l’esprit et la sortie de l’ignorance. Ces enseignements que tu connais proviennent de la bagavadgita qui est l’ancêtre du bouddhisme. Je me permets cette petite mise au point pour relativiser la différence que tu soulignes entre les hindouistes et les bouddhistes. Mais il est vrai que c’est surtout la mystique essentielle des enseignements qui, comme dans le christianisme, a été largement oubliée et cet oubli a permis aux différents dirigeants de récupérer le religieux à des fins politiques, notamment en instaurant le système des castes.
Si je suis bien ton raisonnement, tu favorises le libre arbitre au détriment de la destinée. Ça me plait assez en ce sens que cette attitude responsabilise. On ne peut plus mettre la faute sur un autre facteur et il devient urgent et impératif de se nettoyer et éviter de continuer à salir. Cette attitude responsable est, à mon avis, beaucoup plus constructive que celle qui consiste à se dire qu’on ne peut de toute façon rien faire puisque tout est écrit. Et pourtant… C’est encore et toujours la tête qui choisit et qui définit ce qui est bien ou moins bien. Si cet outil permet de merveilleuses réalisations, il reste bien limité et nous nous fourvoyons régulièrement, en étant pourtant toujours sûrs d’avoir raison. En ce sens, je crois comprendre l’espèce d’impatience qu’éprouvait Sri Aurobindo à faire descendre ce qu’il appelle le supramental afin d’affûter cet outil grossier.
Comment procèdes-tu avec W ? Ça m’intrigue.
Une des découvertes que j’ai faite au cours des dernières années c’est qu’il est inutile et vain d’essayer de développer de la compassion pour les êtres. Je te parle bien de mon expérience personnelle. Je me suis rendu compte, un peu à mes dépens, que mon empathie se développait de façon proportionnelle avec la diminution de mon ignorance. Je ne sais pas trop comment expliquer cela, surtout que c’est encore un peu frais. Mais en gros, je n’ai aucun effort à faire pour souffrir avec mon prochain pour la simple raison que je comprends ce qu’il vit. Et il me semble que ça se développe. A contrario, chaque fois que j’ai essayé de faire un effort pour être gentil ou compréhensif, je me suis toujours planté.
La pratique est donc bien intégrale ou elle n’est pas. C’est le yoga des oeuvres, de la dévotion et de l’esprit éclairé.
Les rapports intéressés. Je pars du principe que nous sommes tous des êtres fondamentalement égoïstes et que c’est une bonne chose. Pour plusieurs raisons mais tout d’abord pour une question de survie, vraisemblablement génétiquement programmée. Ensuite parce que ce n’est qu’en étant bien soi-même qu’on peut espérer donner. Par ailleurs, l’acte de donner est aussi un acte très égoïste puisque celui qui pratique cet art a découvert qu’il y gagne encore plus en fin de compte. Tous nos actes sont intéressés. Même les plus nobles comme les tiens, se libérer pour libérer les autres. Et pour cause, tant qu’il existera un seul être qui ne sera pas libéré, personne ne pourra réellement l’être. Pour plusieurs raisons encore. D’une part parce que notre limite corporelle n’est qu’une convention pratique et que notre corps qui s’étend bien au-delà de sa forme est aussi compris dans le corps des autres. Pour revenir à Aurobindo, si tu connaissais la Mère qui a continué son travail, cette femme avait un don d’ubiquité et pouvait te décrire des scènes qui se passaient sur le moment à l’autre bout de la planète. Elle vivait physiquement la souffrance des gens qui venaient la voir. C’est peut-être un peu exagéré et un peu légendaire, mais ça illustre assez bien mon propos.
Et d’autre part parce qu’il est tout simplement insupportable de vivre libre en sachant que d’autres ne le sont pas. Cette seule idée insupportable implique d’ailleurs que nous ne sommes pas libre.
Tu ne m’en voudras pas, mais ta méthode pour garder l’enthousiasme ressemble fort à de l’autosuggestion à l’aide d’imagerie. Te serait-il possible de rester un poil plus terre-à-terre, plus concret ?
Je te donne un exemple. Hier, Pascale est venue à la maison (ex à yoyo). Elle me pose une question et alors que je commence à répondre, elle passe à autre chose. Je lui fais remarquer son manque d’attention et j’en rajoute en lui signalant que j’avais déjà pu observer ce travers auparavant. Loretta m’engueule. Elle estime que je ne sais pas me tenir, que je suis méchant etc. Pour moi, les choses sont tout à fait différentes. Je peux, bien entendu, répéter dix fois la même chose et ça ne me posera pas de problème. Mais j’ai aussi besoin de dire ce que je pense afin que mon interlocuteur sache à quoi s’en tenir. C’est une question d’honnêteté. C’est peut-être un peu brutal mais ce n’est pas de la méchanceté et encore moins un besoin de me valoriser en rabaissant l’autre. L’expérience m’a montré que ce genre d’attitude est susceptible de faire le vide autour de soi et je le déplore sincèrement. En outre
j’attends des autres cette même honnêteté qui semble plutôt rare. Ce ne sont pourtant que les prémices d’une discussion qui pourrait générer de l’enthousiasme ainsi que l’envie d’y revenir. Un peu comme avec toi en ce moment. Malheureusement, à force de se passer la pommade et ne pas dire ce qu’on pense, on se lasse à ce jeu et on a plus envie de communiquer. Les vieux, les miens et les autres semblent terriblement seuls. Quant à nous, nous sommes déjà beaucoup plus seuls que quand nous avions 20 ans et que nous nous retrouvions tous les soirs chez les copains.


Hop swiss !


PS. Quand j’ai parlé de nos échanges au vieux et que je lui ai dit qu’il y avait déjà 35 pages, il a levé les yeux au ciel. Je ne suis vraiment pas sûr que ça le brancherait, mais c’est peut-être aussi du cinéma. Ou peut-être que du haut de son immense sagesse, il se détache des contingences de l’humanité souffrante.


De plus en plus intéressant tout ça… Les mantras, si souvent récités, si souvent mal connus. On peut réciter un mantra pour son effet vibratoire physique, comme tu le décris, et c’est très bien. Mais les mantras c’est aussi bien plus que cela. En fait, ils sont liés à une déité, ou yidam, qui est une manifestation d’un aspect purifié de la conscience. Comme la conscience est infinie, il y a un nombre  infini de déités, et naturellement un nombre infini de mantras. Tout cela fait partie du chemin de Diamant, le Vajrayana ou Tantrayana, ou encore Mantrayama. Pour pratiquer ce chemin, il faut avoir été initié par un Maître qualifié. Si toutes les conditions sont réunies, la récitation du mantra lors de la sadhana de la déité, entre en vibration avec l’énergie particulière de la déité. Ajouté à la visualisation qui se situe au niveau du corps psychique (canal central subtil, chakras, kundalini), c’est une méthode pour faire résonner cette énergie psychique et fusionner avec elle (si la concentration est forte et stable). Donc, pour pratiquer cette méthode, le maître est essentiel, car il transmet l’initiation et supporte la pratique du disciple. En fait, une initiation, c’est une renaissance dans le mandala de la déité, le père étant le gourou, qui est lui-même la déité, de manière indissociable. Le mantra devient le son de la déité. Tout un trip… plus besoin d’acide… C’est vraiment la pratique intégrale, qui utilise tous les aspects psychophysiques du pratiquant. Et cela devrait également se pratiquer hors session, tout transformer, l’environnement, les sons, les autres et surtout soi-même dans le mandala de la déité. On dit que c’est le raccourci vers l’illumination, le meilleur moyen de transformer radicalement son esprit.
Il est clair que la compassion ne peut naître que lorsque l’on a soi-même pris conscience de la souffrance omniprésente. Si l’on n’a pas soi-même souffert, comment comprendre, comment être en empathie avec l’autre ? Le problème, c’est qu’il est très difficile d’admettre que la souffrance est toute pénétrante, cela fait peur, alors on essaie d’oublier en satisfaisant ses sens le plus possible. Le son, le goût, la vision, le toucher, l’odeur nous font oublier pour un court instant que la nature de toute chose étant impermanente, on ne peut rien agripper, rien garder, rien renouveler. Tout passe, tout casse, tout lasse… Si ta compassion se développe en même temps que ta sagesse, alors tout va bien. Les deux ailes qui te feront voler jusqu’à l’Illumination battent en mesure…
Si je peux me permettre, j’ajouterais une autre grande différence entre l’hindouisme et le bouddhisme. Le premier croit en un créateur, Brahma, préexistent à tout, et existant de son propre côté. Cela rappelle furieusement le Dieu des religions monothéistes. Comme tu le sais, les bouddhistes ne croient pas en un Créateur. Je vais pas élaborer, ce serait trop long. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup… comme chanterait France Gall.
Venons-en à la définition du bien et du mal, qui a tant fait cogiter tous les philosophes et autres théologiens. Pour moi, c’est pourtant tellement simple ! Tout ce qui fait enfler l’ego est le mal, tout ce qui le fait diminuer, c’est bien. En d’autres termes, toute action faite avec une motivation altruiste est bien, et mal si c’est égoïste. En tout cas, au niveau du karma, la "rétribution" est claire… Ce qui me fait flipper, c’est que je passe mon temps à créer des actions négatives avec cette théorie !
Pour W, c’est assez simple en théorie : je me dis qu’il est manipulé par son ignorance, qui provient de karmas passés influençant son comportement actuel. Et ainsi faisant, il crée encore plus de karma négatif, qu’il va devoir "expier" tôt ou tard. Comme cet être fut une fois très proche de moi dans des vies passées, je ne peux qu’être compatissant envers lui. Peut-être te souviens-tu de la visualisation de la prière de refuge : on place à sa droite son père, sa mère à gauche, ses amis derrière et ses ennemis devant. Comme j’ai pas d’ennemis personnels, je place tous ceux qui représentent ce que je ne supporte pas (les Ricains, les généraux birmans, Sarko, la liste est longue). L’énergie négative qui surgit en les imaginant s’estompe en me souvenant qu’ils sont les jouets de leurs délusions, tout comme moi. Et vogue la galère, on est tous sur le même bateau voguant sur des océans de merde…
Le Dalaï Lama dit souvent : "Si vous devez être égoïste, soyez-le de manière intelligente : la seule manière d’être vraiment heureux, c’est en ayant un esprit altruiste. En voulant le bien des autres, vous fabriquez votre propre bonheur…" Donc égoïste peut-être, mais intelligent toujours !
Pour terminer, je suis plutôt d’accord avec toi au sujet de la mésaventure avec Pascale. Dire les choses honnêtement peut faire avancer l’autre, peut-être pas tout de suite, mais avec un peu de temps… Cependant, la manière de dire les choses est également importante. Et c’est là que la sagesse intervient : Comment agir spécifiquement pour cette personne unique en face de moi pour lui être le plus bénéfique possible ? Seul un être qui n’a plus d’ego, ou un ego résiduel, peut se mettre en totale empathie avec l’autre et peut ressentir ce qui lui convient… Both dur…
Vieillir, c’est forcément se rapprocher de la mort ! Wouaow, ça valait la peine rien que pour ça ! Donc on a déjà perdu pas mal de compagnons, pour les autres, ben les routes s’éloignent, la famille, le boulot, plus le temps, l’énergie… On verra peut-être au prochain match du chapati, si on y va… Ça fait quand même furieusement penser à la description des dieux qui, lorsque leur mort est proche, commencent à sentir mauvais, leurs guirlandes de fleurs se fanent, et tous leurs amis s’éloignent d’eux. Finie la fête ! Y paraît que c’est la plus grande souffrance du samsara de passer de l’état de plaisirs sensuels extrêmes des dieux à celui qui précède leur mort, où ils voient leur prochaine renaissance, lorsque le bon karma qui les a amené en cet état est épuisé…


Que le grand Bachi Bouzouk te bénisse, Narcisse !


PS : laisse mariner ton vieux, comme il est curieux, qu’il a rien d’autre à faire, il va sans doute te réclamer la Correspondance…


Bahaut muskil hai !


Alors que t’as si bien su te retenir dans ton précédent courriel, c’coup-ci t’as pas pu t’empêcher de me faire la messe. Mais finalement c’est toujours bon à prendre pour la culture générale. Pourtant, bien que je ne sois pas un spécialiste en religions, ni en rien du tout d’ailleurs, je constate que ta connaissance de l’hindouisme est très partielle. Brahma n’est pas le principe premier dont tu parles, il fait la paire avec Prakriti, la force de la nature qui est le revers de la médaille. C’est donc encore un principe duel, et ça me rappelle l’atome, ou plutôt aujourd’hui le quark qui est encore et toujours divisible. Quoi qu’il en soit et comme je le soulignais auparavant, c’est le principe mystique, la source de tous les mouvements religieux qui m’intéresse et comme tu le soulignais, il y a des outils pour toutes les approches et ton choix ne devrait pas impliquer la critique des autres systèmes. Tu n’as pas à te justifier, ce d’autant plus que ces critiques sont des petites guerres en miniatures. Ça commence comme ça et puis on peut voir où ça finit.
Ton enthousiasme est palpable lorsque l’on vient sur ton terrain. Le tantrisme te fait méchamment bander et c’est peut-être ça l’ultime entrave à ta réalisation. Tu projettes un but bien loin, tu te dis seulement au début du chemin, tu auras donc tout plein de boulot qui va bien t’occuper (te distraire) pour le restant de tes jours et plus si nécessaire. (le but est si loin)
En ce qui me concerne, c’est là, maintenant et tout de suite ou ce n’est pas. C’est en ce sens que je pense que la réalisation de l’instant présent n’est pas qu’une petite réalisation sur le chemin, mais la réalisation suprême puisqu’elle implique la disparition du “je” qui perçoit.
Je pense que la confusion au sujet de brahma vient de la compréhension partielle de l’image paternelle qu’on a voulu donner comme dans le cas du christianisme ou la mère dont tu parlais chez les bouddhistes. Nous avons besoin d’une image compréhensible et transposable dans notre monde. N’oublie pas que chez les chrétiens, il n’y a pas que dieu le père, il y a aussi le fils et le saint esprit qui sont encore des images.
En ce qui concerne la motivation altruiste, je pense avoir suffisamment développé mon point de vue pour te permettre de comprendre que l’altruisme est une action suprêmement égoïste. Par ailleurs, la survie de l’ego étant étroitement liée à la survie de l’espèce (je développerai ultérieurement si tu le souhaites), les ruses dont il fait preuve devraient nous inciter à nous méfier de nos choix et de la caractéristique égoïste ou altruiste qu’on lui prête.
Encore une fois, je ne crois pas au long chemin qui permettrait à cet intrus de perdre le pouvoir. Bien au contraire, tous les efforts contribuent à entretenir cette fiction en la justifiant.
Le point le plus spectaculaire de ton mot c’est certainement la “rétribution”. Comme dans tous les systèmes, il faut une carotte pour avancer ou une menace. Mais je vois que tu en es déjà conscient et comme je le soulignais aussi précédemment, ce que tu écris t’en apprendras bien plus que mes réponses.
Pour la façon, j’ai jamais été très bon. Ce qui me sauve c’est la motivation. Si je suis ton raisonnement, il faudrait être un être réalisé pour ouvrir sa gueule et espérer soutenir l’humanité souffrante. Pascale ne s’y est pas trompée. Elle a bien senti que je ne cherchais pas à la déstabiliser et ainsi donc me rehausser. C’est plutôt Loretta qui a ce problème avec moi et j’en souffre tous les jours de plus en plus. Sa conviction que je cherche le pouvoir nous empêche totalement de communiquer en confiance. Au fond, je ne cherche pas à aider qui que ce soit. Je souhaite seulement dire ce que je pense en assumant les conséquences de mon ignorance et de ma maladresse dans la forme.
Le chapati-express est un excellent exemple de l’isolement qui nous guette. Je n’ai plus envie d’organiser ces rencontres car il faut de plus en plus dégager de l’énergie pour remuer les esprits engourdis et désabusés des copains. J’ai réintroduit ces matchs pour retarder l’inéluctable échéance, mais je baisse les bras et je m’en veux un peu. Finalement je fais aussi ce que je reproche aux autres.


Quia or bouche d’or ? (Goldmund)


PS. Excellente idée pour le paternel, sauf que comme la mémoire courte fout le camp, il risque d’oublier.
PS 2. C’est voulu le C majuscule de correspondance ? Si c’est le cas, tu deviens grave de chez grave.
PS 3. Dur signifie loin. Muskil difficile, utilisé en hindi mais d’origine persane, ourdou.