27/08/2018

Provocations 24

13 décembre 2007


Puzzles


Il est vrai que j’ai pensé que ton aquoibonisme avait pris le dessus. Et c’est vrai que, sans aller jusqu’à l’impatience, j’ouvre ma boite électronique avec l’espoir de te lire.
Tu extrapoles en déduisant que la reconnaissance de la grandeur d’un être implique que celui qui le suit est sur la bonne route. C’est d’ailleurs, en gros, l’essence de notre propos.
Quant au manipulateur, qui ne l’est pas ? À commencer par ton lama qui t’amène où il veut, pour ton bien, va sans dire. Ce que tu appelles ici un contre-pied est plutôt une reconnaissance de mes limites ainsi qu’un rectificatif en ce qui concerne le respect des sages au parfum des techniques millénaires. Non, je ne juge personne. Je me contente de t’exposer ma vision, ses causes et idéalement le but à venir. Avec toi j’explore.
Comme tu le disais si bien y’a pas longtemps, si je juge l’approche de l’autre alors on est deux à le faire.
Le piédestal, c’est surtout ta perception qui est forcément la conséquence de ta conscience d’être en chemin sur les pas de ton vénérable. Finalement il n’est pas très important de savoir qui a tort ou raison et par rapport à quoi ou à qui, mais plutôt comment on se sent chacun dans sa réalité.
Comme je te le disais auparavant, malgré quelques travers imprimés par une longue pratique, je n’éprouve plus le besoin aujourd’hui de déconstruire le système de l’autre pour raffermir ma position. Avec toi, je peux m’autoriser des excès de provocation et d’ailleurs ça paie puisque j’arrive à te bousculer la moindre. En ce sens, le défoulement gratuit devient un excellent argument.
Je te remercie de ne pas t’étaler sur ta quête d’une réalité extraordinaire et son cortège d’expériences para-sensorielles. C’est visiblement pas le moment en ce qui me concerne. Non pas que je minimise leur impact, bien au contraire puisque j’en ai aussi eu mon lot, mais j’exprime plutôt mon souci de commencer et recommencer toujours tout propre, tout neuf, en évitant de figer ces instants bénis en en faisant des modèles à atteindre sur la longue route.
Ma rencontre avec LZR à Kopan fût à l’époque une sacrée baffe. Je crois que je t’ai déjà raconté cette anecdote, mais je la retranscris ici pour illustrer mon propos.
“Nous étions un groupe de quatre à l’entrée de la gompa lorsque soudain, LZR et un proche disciple se pointent à l’autre bout de la tente à 20 mètres environ. Ils viennent droit sur nous. Tout le monde se lève immédiatement pour manifester leur respect et je reste assis. Il vient tout naturellement droit sur moi et, plié en deux, me pose les deux fameuses questions que tout le monde en Asie te pose, à savoir : What is youar name et Where are you from ? En réponse à la première question, j’ai la désagréable surprise de m’entendre presque gerber mon nom qui sonne d’ailleurs déjà comme tel. L’étrange sensation d’être entouré de mille bras aimants me permet de répondre un peu mieux à la deuxième question. Depuis cette rencontre, chaque fois que je croisais LZR, je me prosternais spontanément et avec joie et non pas machinalement, en remerciement pour l’immense enseignement dont j’ai pu bénéficier alors.”
C’était il y a 25 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Son absence totale de jugement et son amour palpable furent comme un miroir sans tache. Je me suis immédiatement vu. Je n’assumais absolument pas ma petite révolte de ne pas me lever à son approche. Je lui serai éternellement reconnaissant pour cet enseignement inestimable. Je comprends donc parfaitement à quel point son influence te subjugue.
Je me rappelle aussi de la visite de Lama Yeshe à mon paternel à Vesenaz. Ils semblaient s’être reconnus, un peu comme des frères.
En fait, nous voyons dans l’autre ce que nous avons le plus besoin d’apprendre. Si le miroir est sans tache, le retour de la projection peut être assez violent. Cette violence ne provient pas du Lama en l’occurrence, mais de ce qu’on envoie dans le miroir.
Si je ne sais pas aujourd’hui quel reflet j’obtiendrais en rencontrant à nouveau ton ami spirituel, je suis en revanche convaincu que ce ne serait pas un remake. Bien que sa dimension soit tout à fait impressionnante c’est encore moi qui la définit comme telle et qui me place dans le tableau.
Il me semble qu’il existe dans ta pratique des visualisations où tu te projettes dans une déité. Au delà de l’image d’une telle méditation, il y a un fait assez concret qui fait de toi l’être que tu penses être. Le fait que ce soit une visualisation n’enlève rien à la réalité du moment dans laquelle tu t’immerges. J’ai choisi (est-ce bien moi ou mon karma) de m’aimer, de me faire confiance et de suivre mon chemin. Cette attitude implique presque inévitablement une perception d’arrogance par mes proches et mon franc parler ne vient pas corriger l’image.
Pour le moment cette conséquence ne me porte pas trop ombrage mais ne me conforte pas non plus. L’analyse discriminante et les échanges de vues sur les idées, dogmes, pratiques et propositions n’ont pour ainsi dire jamais été convaincantes. Dans ce sens, je désespère de rencontrer l’ami spirituel. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai pris le parti de le déceler au travers de tous mes contacts en considérant la terre comme un terrain de jeu sacré. Il ne m’est dorénavant plus possible d’apprendre sans m’amuser. Je préfère ne rien foutre. Je pense d’ailleurs que là réside notre seule vraie responsabilité ici-bas. Ainsi il ne peut y avoir de regrets.
Qu’en est-il des secrets ? Y aurait-il des choses que tu ne saurais dire ? Tu titilles ma curiosité.
Quant au puzzle, je me réjouis avec toi devant le petit enfant qui a trouvé une pièce. Malheureusement, en l’occurrence et comme tu sembles le suggérer, le puzzle est vivant et vraisemblablement un reflet de tes projections. Il ne te sera donc pas difficile de te convaincre que tu as enfin trouvé une pièce et qu’il reste heureusement encore bien des zones obscures qui permettent de continuer à jouer. L’image se précise parce que tu en as décidé ainsi. Mais je ne vais pas recommencer. 50 pages devraient suffire.
Comme tu le dis, nous sommes certainement très semblables, du moins dans notre quête. Pourtant, je m’épanouis dans la surprise et l’impro alors qu’il te faut un cadre pour fonctionner efficacement. C’est un constat et non un jugement et je suis sincèrement très heureux que tu aies trouvé ce cadre. Ma démarche est plus aléatoire mais elle correspond à ma nature. Ainsi tout est bien dans le meilleur des mondes.


Herr Myth


PS. Blocher est viré du Conseil Fédéral, mais comme t’as la TV, tu le savais sûrement déjà.
PS 2 : J’assure la mise à jour des échanges du rat et du crabe. Je nous imagine la lire dans 20 ans…

 

"Te voilà reconnaissant la grandeur de l’ami spirituel, et me voici tout soudain sur la bonne route !" En écrivant cela, je n’extrapolais pas, je ne faisais que te citer :
"j’avais pu, de mes yeux, vérifier la grandeur de ton ami spirituel (…) Il n’y a donc aucun problème en ce qui te concerne. Tu es sur la bonne route"


Voilà, ça c’est fait…


J’avoue bien volontiers que, moi aussi, je suis excité quand je vois un message du crabe parmi tous les autres messages publicitaires… Quelles émotions vont encore surgir à lire les pensées du correspondant contradicteur et néanmoins ami.
Je lis avec plaisir que tu reconnais tes limites, ce qui est une autre façon de se situer par rapport à une échelle… question de mots (héhéhéhé). J’ai de plus en plus l’impression qu’on est beaucoup plus en accord qu’on veut bien se l’avouer. Cele rendrait notre petit jeu bien moins excitant, sans doute…
C’est vrai que nous sommes tous des manipulateurs, même le chat qui essaie de me séduire, de m’apitoyer pour obtenir l’accès à l’Eldorado chauffé. La sagesse commence peut-être lorsque l’on se rend compte que l’on est manipulé, et qu’on peut choisir de se laisser faire ou non.
Bien sûr que c’est ma perception qui te voyais perché sur un piédestal. What else ? Peut-être est-elle valide, peut-être pas. Ca dépend aussi des fois. Des fois je pousse pour m’y mettre à tes côtés, et des fois tu te retrouves en bas. Ainsi tourne le samsara. Autre chose, je ne pense pas suivre les pas de mon maître… Comment pourrais-je ? Je ne suis ni tibétain, ni sherpa. Et il ne viendra pas à l’idée de Lama Zopa de me guider sur ses traces. Lama Zopa marche à mes côtés, disponible quand nécessaire, mais jamais interventionniste. En 15 ans, je ne suis allé que deux fois lui demander des conseils pour ma pratique, et jamais il n’est venu me dire quoi faire (du moins directement, si on fait abstraction des enseignements où l’on peut interpréter pour soi ce qui est dit – c’est d’ailleurs le but des enseignements…)
T’as raison, nul n’a raison ou tort, l’essentiel étant d’être le plus possible en harmonie avec soi-même à chaque instant, quitte à modifier sa direction lorsque l’instant le demande ou le permet. Tu peux aussi me bousculer si tes arguments sont valides, je ne demande que ça. L’ennui avec l’excès, c’est qu’il est difficile de rester mesuré, sous peine d’être balayé. Il faut donc pousser un peu aussi sur l’excès pour apporter une réponse qui soit proche au niveau intensité. Cela peut amener très vite à tutoyer la mauvaise foi ou l’amnésie. Toujours les facéties du "Je"…
Encore d’accord avec toi quand tu dis qu’il ne faut pas figer les instants bénis de l’expérience (quelle qu’elle soit…) Pas besoin de boulet. Ce ne sont pour moi non pas des modèles à reproduire, mais des confirmations de la bonne direction, en aucun cas un but à atteindre en soi. De toute façon, impossible de reproduire une expérience subjective, donc comme je le disais un autre jour, faut être attentif, et observer de manière détachée, sans amener de l’émotion (toujours le Je…). Bref, comment figer quoi que ce soit quand tout s’écoule inexorablement… ???
Je me souviens de ta rencontre (tu me l’avais racontée) avec Lama Zopa à Kopan, mais ce n’était pas la première, il y eut Viviers avant ! Anyway, c’est une belle rencontre, comme on ne peut en avoir qu’avec des êtres particuliers, pourvus de certaines qualités que je souhaiterais aussi posséder, et dépourvus des défauts dont j’aimerais me débarrasser. Ils sont effectivement des miroirs dans lesquels on peut se voir en profondeur. Enfin bref, chuis fan, tu l’auras compris ! Et en plus, Rimpoché a prit un aspect impressionnant, qu’il n’avait pas forcément avant quand il était dans l’ombre de Lama Yeshe. Pour moi, les seuls enseignements pour lesquels je me déplace avec le "troupeau" c’est lorsque c’est avec LZR. C’est vraiment expérimental, vraiment loin de toute théorie.
Tu aimes décidément beaucoup l’idée de se projeter, soit dans une autre réalité, soit sous l’aspect d’une déité. Ce n’est pas ainsi que cela se passe. Se projeter signifierait sortir, aller de soi vers l’extérieur ou vers l’autre, qui serait là, préexistant. En fait, c’est une méthode qui permet de casser l’image ordinaire de soi, misérabiliste ou pleine de morgue, ou autre, pour faire résonner la divinité qui est notre véritable nature. La fierté divine. On ne peut plus se laisser aller à ses délires si on est la déité. Plus de place pour la dépression, le découragement ; place à l’enthousiasme, la confiance et la joie ! Bon d’accord, c’est pas tout le temps le cas !!! Mais c’est ainsi que cela devrait fonctionner si la méthode est appliquée correctement.
Pour ce qui est du secret, c’est un voeu que l’on prend lors de l’initiation de ne pas révéler ses réalisations, quelle qu’elles soient. C’est un peu comme de raconter un rêve : plus on essaie, plus il se dissipe. Il vaut mieux garder pour soi, et de ne les partager qu’avec le maître. De toute façon, cela n’amène rien de positif : L’un développe son ego, l’autre développe le scepticisme. Là en l’occurrence, je n’aurais de toutes façons pas grand chose à raconter !


Quant à ta conclusion, rien à rajouter ou à soustraire, j’adhère Robert.


Joe le chat (le grand est écroulé, il m’a chargé de te répondre… chuis déjà contaminé !!!! au secours !!!!)


PS :
1. j’ai appris la bonne nouvelle sur Blocher en lisant
la presse matinale sur internet (encore une habitude
que tu peux ajouter à la liste)
2. Merci pour la compil, à figer pour l’éternité pour
faire rire une infinité de lecteurs…

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