12/05/2018

Provocations 22

11 décembre 2007


Immense déception


Voilà qui me redonne goût à nos échanges. Finie la messe, tu me parles enfin de toi, de tes réactions, de ton action, ta vie. Chic on va donc pouvoir continuer à communiquer !
La distinction que tu précises entre une vexation ou une déception est somme toute assez mineure en ce sens que c’est une résultante d’un désir non assouvi. Nous sommes dans le concret de l’amas d’agrégats qui souffre. C’est à mon avis un bon départ.
En ce qui concerne le jugement arrogant, je dois reconnaître que cette image m’a été maintes fois renvoyée ce qui semble confirmer ton analyse. A ma décharge, je me contenterai de te répondre que mes propos ne reflètent que ma réalité et comme nous ne partageons pas la même approche du développement de soi, il semble inévitable que tu te sentes jugé. D’autre part, ça a toujours fait partie de notre jeu de nous amorcer grossièrement. Je te rappelle qu’à l’époque nous nous disions bonjour en nous sautant dessus pour une bonne bagarre.
Ta proposition d’essayer avant de juger est parfaitement sensée. Comment pourrions-nous nous prononcer sur quelque chose que nous ne connaissons pas ? Mais sais-tu seulement pourquoi je n’ai pas essayé ?
D’ailleurs, c’est pas tout à fait vrai que je n’ai pas essayé. C’est justement à la suite d’un merveilleux lam-rim d’un mois à Kopan et de l’expérience très forte d’un retour sur terre après m’être gelé les pinceaux derrière l’Annapurna que j’ai pris mes distances. Etonnant, puisque j’avais pu, de mes yeux, vérifier la grandeur de ton ami spirituel. En fait, c’est l’attitude de la communauté qui m’a fait prendre mes jambes à mon cou. Ils étaient perdus dans ce monde brutal et la plupart se sont donnés rendez-vous à Bodhgaya pour prolonger cette merveilleuse expérience.
Aujourd’hui, je me permet de relever de façon un peu caricaturale et toujours provocante les effets relativement modeste, selon moi, de toutes ces pratiques sur ton évolution. Alors oui, dans ce sens, je ramène tout à toi, mais tu as l’art d’y échapper en te projetant régulièrement dans cette réalité à laquelle tu aspires sans pourtant y vivre. C’est pourquoi ton dernier message me parle. Finalement, c’est seulement lorsque je te bouscule que ta véritable nature émerge, ou bien quand la prise est mal branchée. C’est bien dans ce sens que je considère la terre, notre terrain de jeu, comme le maître de chaque instant. Au travers des situations parfois difficiles, nous pouvons étudier nos comportements et éventuellement modifier la réaction. L’isolement choisi, la limitation des attaches émotionnelles ou matérielles, bref, la vie d’ermite permet certainement toutes sortes de réalisations très nobles. Le retour sur terre est invariablement un test révélateur comme tu le soulignes.
Si je t’ai bien compris, tu as passé le test. Il n’y a donc aucun problème en ce qui te concerne. Tu es sur la bonne route et si le crabe n’y comprend pas grand chose, c’est son problème et pas le tien. Merci quand même pour ces tentatives désespérées de m’éclairer la moindre.
Pourtant, ici encore je butte sur une donnée, toujours la même finalement. C’est ou ce n’est pas, (y’a ou y’a pas, che sera, sera, che sera pas, sera pas). Une vision manichéenne ou duelle reste temporelle et s’applique au “je” qui perçoit. C’est encore lui qui pense pouvoir progresser par un travail. En t’efforçant, malgré une certaine irritation, tu constates que tes réactions lors de situations désagréables s’améliorent. C’est cette évolution lente qui me gêne. Et surtout parce que c’est toujours l’intrus qui s’auto-évalue. A moins que ce ne soit le maître. Mais ça m’étonnerait qu’à aucun moment donné, ton ami spirituel ait fait quelque commentaire ou évaluation de ton avance sur le chemin et pour cause, s’il est l’être éclairé que nous pensons, il te renverra à toi-même puisque, finalement, tu es le seul à pouvoir y faire quelque chose.
A mon avis, désolé pour la répétition, c’est justement ce désir, ce besoin, appelle-le comme tu veux, de s’améliorer qui devient l’ultime barrière qui augmente proportionnellement au travail fourni pour devenir finalement infranchissable. Cette prise de conscience m’a incité à faire le vide pour partir sur des bases saines, exemptes de systèmes et de croyances. C’est pourquoi, je m’applique à vivre ma vie d’homme terrestre en prenant ce qui vient sans trop le déformer, sans attente et sans projection, puisque même l’envie essentielle d’évoluer semble dorénavant faire défaut. C’est pas facile et je suis tout seul dans ma réalité. Cette conscience augmente la sensation erronée de ne pas faire partie du troupeau. Pas de maître en vue. Quant aux amis, comme tu es, avec Urs, mon plus proche, pas besoin de te faire un dessin. Je ne m’en plains pas, j’assume mes choix. Bien qu’ici, la place du libre arbitre me semble bien ténue.


Tout nu


Le crabe


PS : Rappelles-moi à l’occase de revenir sur ma rencontre avec LZR, je la décode différemment aujourd’hui.