28/04/2018

Provocations 21

10 décembre 2007


Désir quand tu nous tiens…


J’espérais une surprise. Mais non, comme je le craignais tu t’es vexé. Il faut croire que j’ai encore pas mal de pain sur la planche pour communiquer sans agressivité. C’était pourtant pas le but… Je me demande d’ailleurs s’il y a un but à tout ça. On s’est bien branlé pendant un moment et visiblement nous y avons trouvé notre compte.Chacun sort un peu plus raffermi sur ses positions. Comment pourrait-il en être autrement ? Seul le rapport du maître à l’élève permet à ce dernier d’avaler la soupe sans trop rechigner.
Tu interprètes très largement mon ironie. Ce n’est pas ta méditation quotidienne mais la pratique de la méthode que je relativise. Vivre l’instant est une forme de méditation permanente qui n’exclus rien et n’implique pas de se retirer du monde, ne serait-ce que quelques minutes pour une assise. Ton irritation palpable, notamment en ce qui concerne les petits désagréments techniques, devrait être pour toi un indicateur assez fiable de ton évolution sur cette terre après plus de trente ans de pratique. Je comprends que pour toi le chemin semble encore bien long. En attendant la récompense, courage.
Il ne lui viendrait pas à l’idée de s’arrêter.


Un ami qui ne te veut que du bien


Honnêtement, je n’ai pas été vexé, mais considérablement déçu… Lorsque j’essaie de parler au niveau des idées, des concepts, des explications (bonnes ou mauvaises, c’est justement l’intérêt d’une discussion), tu ramènes toujours tout à moi, ma pratique ridicule, mon manque de ceci ou cela, mon trop de ceci ou cela. Beaucoup de condescendance et d’arrogance. Pas tant que je me prenne tellement au sérieux, que ça me blesse, mais parce que, dans mes explications, tu ne vois que tentatives de justification (comme si j’en avais encore besoin à mon âge…). Tu butes sur des mots (rétribution, réalité ultime, et d’autres encore) sans te donner la peine de comprendre l’idée. Symptomatique ta réaction de me donner la définition du mot rétribution comme réponse à la définition de Brahma que j’ai trouvée sur Wikipedia. D’un côté, c’est un pinaillage sémantique sur une idée assez claire débattue maintes fois, de l’autre, c’est une définition d’un concept important de deux chemins, l’hindouisme et le bouddhisme dont nous parlions. Tu donnes des conseils, tu juges, bref j’ai eu une grande lassitude, un gros doute : est-ce bien constructif tout ça ? Je ne sais plus si tu plaisantes ou si tu ne comprends vraiment pas.
D’autant que pour rester honnête, j’imagine que tu pourrais me retourner les reproches ci-dessus. Serions-nous un miroir l’un pour l’autre (déformant le miroir !) Bref…
Je ne peux malgré tout pas terminer sans apporter une précision sur le Tantra : c’est justement une méthode qui, si on l’applique bien sûr, permet de transformer ses perceptions ordinaires, l’environnement, les sons, soi-même et les autres dans le mandala de la déité. C’est une méthode qui permet de rester attentif, d’être présent et conscient de tout ce qui se passe. Cette méthode enfin permet d’accéder à des niveaux de réalité non-ordinaire, ce qui dédramatise passablement tout ce merdier qui paraît si concret. La méditation assise du matin est une sorte de rampe de lancement pour utiliser ensuite hors sessions l’énergie ainsi générée. Le tantra est donc une méditation permanente pour celui ou celle qui le pratique correctement (dormir, manger, se laver, chier, etc). Mais une fois de plus, ce n’est qu’une méthode, un entraînement mental, un support génial imaginé par des êtres réalisés du passé ; libre à chacun de les utiliser ou non. Mais de là à ironiser sur le bien-fondé de cette méthode sans l’avoir expérimentée, c’est un peu court, jeune homme !
En fait c’est ça le plus agaçant : pas que tu me juges, ça quelque part ça m’indiffère, mais plutôt que tu te prononces de manière assez méprisante sur des méthodes millénaires qui ont fait leurs preuves, et qui sont libres de droit si on veut tester leur efficacité. Si tu critiquais après avoir essayé, ça serait beaucoup plus crédible.
Dernière chose : je constate que mes réactions lors de situations désagréables s’améliorent, malgré une certaine irritation. Je prends ça comme un test, et il m’arrive même de m’en amuser. Tout comme quand je fais une retraite : étonnant comme l’absence d’intoxicants est facile à gérer. Ma nouvelle devise est : quand ya, ya ; quand ya pas, ya pas.
Le chemin me semblait long, mais depuis quelques temps, ce n’est plus ma perception. Je suis là où je suis, et ça prendra le temps qu’il faudra (le temps étant tellement subjectif, il ne peut être linéaire). Just do it. Che sera, sera, au moins j’essaie.
A part ça, tout va bien, donc muskil nahi hai again. Comme tu aimes dire les choses directement, je suis sûr que tu aimes aussi les entendre… Bisous

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