01/01/2018

Provocations 14


 

29 novembre 2007


Para maître (éty. grec ! à côté, subsidiaire)


Grâce au ciel, nous sommes tous semblables mais bien différents. Ce qui nous évite de nous emmerder trop grave en s’extasiant ou en pestant sur nos diverses façons. Tu nous vois tous derrière ton ami spirituel ? Bien des individus chérissent le rêve d’une pensée unique et certains ont même tenté de l’imposer. La vie, dans sa riche diversité a toujours empêché de telles tentatives qui auraient impliqué sa disparition. La génétique qui est le reflet scientifique le plus “traduisible” de la vie en est un excellent exemple. Les trisomiques d’aujourd’hui seront peut-être les seuls survivants de demain, justement grâce à leur différence.
Ceci dit, chaque fois qu’un semblable me dit avoir trouvé, j’éprouve un léger malaise. Vous n’avez donc plus besoin de chercher. Comme tous ces Chrétiens un peu crétins qui ont trouvé en Jésus l’ami spirituel dont tu causes et qui lui ont remis leurs péchés. Bon débarras, la table est propre, on peut recommencer à la salir, en toute impunité. Et puis si on se sent pas tout à fait en ordre avec sa conscience, il y a toujours les confessionnaux pour se soulager. Et cette fameuse conscience, voudrais-tu m’en parler un peu ? Tu me parlais d’esprit discriminatoire. Ce serait donc ça pour toi la conscience ? Et comment se fait-il que chaque être semble avoir une conscience bien différente de l’autre ? Y aurait-il une conscience cosmique, plus large dont nous ne serions que des pâles émanations ?
Je ne cherche absolument pas à te faire dévier de ta route, mais contrairement à toi, je cherche et quand j’en rencontre un qui a trouvé, je ne le lâche plus et je fouille dans les tréfonds. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, leur illumination s’apparente à une trouvaille pratique qui leur a permis d’avancer un peu sur le chemin avec le risque de se parquer sur une voie de garage, proportionnel à l’ampleur de l’expérience qui les a subjugués.
Une part de mon malaise provient du fait que les gens qui te ressemblent sont toujours obligés de faire référence aux enseignements et comme ces derniers les dépassent, ils en viennent invariablement à la conclusion qu’il faut croire ce qu’on ne peut pas expliquer, faire confiance. La grande majorité du peuple allemand a fait confiance à Hitler, en toute conscience. Il était l’ami spirituel du moment qui allait les sortir de la merde.
D’autre part, je me méfie de ce fameux esprit discriminatoire qui, à mes yeux, n’est que la somme d’informations accumulées depuis ma naissance et qui ne saurait donc expliquer que le monde qu’il s’est construit. J’attendrai pourtant tes commentaires sur la conscience pour développer plus loin.
Je n’ai pas choisi la voie individualiste. Je rêverais d’avoir un esprit aussi simple que le tien, mais mon besoin d’honnêteté dans ma quête est un paramètre (encore lui !) incontournable et même si l’outil que j’utilise n’est pas approprié, je respecte ce don de la nature et à défaut d’être con-vaincu, j’insiste, persiste et signe puisque j’assume.
J’ai aussi un peu de peine avec ce besoin de vous situer dans une échelle de réalisation. Comment sais-tu que tu n’es qu’au début du chemin ? C’est l’ami guru qui te l’as dit ? Mais alors, qu’as-tu trouvé ? Pas grand-chose apparemment, si ce n’est un système qui te permette de passer ton temps ici-bas en attendant mieux.
Salutations à Joe qui n’est sûrement déjà plus dans la remise. Mais gare à l’attachement que tu as si bien su tenir à distance…
Heil !


C’est dense et dru tout ça… Je vais essayer de commenter point par point ta prose fort intéressante, mais qui démontre à nouveau ta compréhension limitée de mon point de vue. C’est sans doute que je ne m’exprime pas suffisamment clairement (je préfère penser ça que de mettre encore la faute sur ta mauvaise foi). Donc :


1. C’est vrai que la diversité nous permet d’avancer. Et je ne vois effectivement pas toute l’humanité (ou tous les chercheurs spirituels) derrière MON ami spirituel. Même chez les bouddhistes convaincus, nombreux sont ceux qui n’ont pas d’atomes crochus avec LZR. Cependant, tout comme tous les enfants ont besoin de référents (parents, instituteurs, éducateurs…) pour se construire, les enfants que nous sommes ont besoin d’un guide qui leur montre le chemin qui leur convient. C’est pour cela que tous les guides sont différents, pour répondre aux différents besoins des êtres.

2. S’il y a bien une méthode qui ne soit pas "unique", c’est bien le bouddhisme ! Cette méthode propose un nombre d’outils quasi infini, pour que chacun puisse trouver chaussure à son pied. Que ce soient les différentes adaptations aux mentalités de chaque peuple (que de différences d’approche entre le bouddhisme japonais, ceylanais, tibétain, etc ; le petit et le grand véhicule, celui des tantras…). Pour ne parler que du tibétain, que je connais le mieux, que de possibilités offertes par la voie des soutras, par la voie des tantras avec ses milliers de yidams. La pratique en tant que laïc ou moine, le choix des voeux à prendre, les milliers de pratiques offertes correspondant chacune à une mentalité particulière. Même en suivant le même gourou, tu ne trouveras pas deux disciples pratiquant la même chose. Tout le contraire de la pensée unique. La meilleure image que j’ai à proposer est celle d’un atelier avec tous les outils possibles et imaginables pour construire ou créer n’importe quoi, selon ses affinités. Et dans cet atelier se trouve un maître d’apprentissage expert dans l’usage de tous ces outils et partageant ses connaissances avec ceux qui veulent s’en servir.


3. Ce n’est pas parce qu’on a trouvé sa voie qu’on cesse de chercher ! Un mathématicien a choisi de l’être plutôt que d’être médecin, il n’en reste pas moins chercheur dans sa spécialité. La recherche, c’est de s’efforcer de savoir qui l’on est réellement, ce qu’est le monde qui nous entoure, au-delà des apparences, chercher à comprendre pourquoi et comment tout ça.


4. Tu deviens grotesque lorsque tu compares un croyant qui espère le salut A TRAVERS Jésus qui va le sauver, et un pratiquant qui a identifié ses problèmes et cherche à s’en débarrasser par lui-même, en mettant en oeuvre la méthode enseignée par le maître. Ce n’est pas le maître qui va le sauver, sinon nous serions tous libérés depuis longtemps ! Le maître est également là pour nous éviter de nous fourvoyer et de nous retrouver sur une voie de garage. Quant à ta comparaison avec le Führer, cela ne t’honore pas ! Je ne vais pas commenter cela.


5. Selon le bouddhisme, la conscience est "clear and knowing". Sans entrave, infinie, illimitée. Aucun phénomène ne lui est inconnu, puisqu’elle est à l’origine de tous les phénomènes. Mais cette conscience est actuellement enrobée de nombreuses couches qui l’empêchent de prendre conscience d’elle-même. Le boulot est donc de peler l’oignon pour rendre à la conscience sa fonction première.


6. Les enseignements ne sont qu’un mode d’emploi, un manuel pour comprendre la méthode, pour expérimenter. Lorsque la maîtrise de la méthode est acquise, l’enseignement peut être mis à la poubelle (qui garde le mode d’emploi de sa TV lorsqu’on sait l’employer ?)


7. La discrimination (pour les bouddhistes bien sûr) est un des cinq agrégats psychophysiques qui composent un être sensible. C’est ce qui permet de choisir entre plusieurs possibilités. Elle est naturellement influencée par l’éducation et l’environnement, sans parler du karma. Mais c’est une conscience mentale, secondaire, qui disparaît à la mort, comme les autres agrégats d’ailleurs.


8. Tu refuses un support "externe" par ton besoin d’honnêteté, dis-tu. Cela sous-entend donc que ceux qui suivent un chemin et un maître ne sont pas honnêtes et ne sont que des esprits simples…
Toujours cet orgueil démesuré.


9. Quant à ma situation en bas de l’échelle, c’est en comparaison avec la réalisation de toutes les qualités que j’observe chez le gourou précieux : il est évident que je n’en suis pas encore là, mais ça viendra. Au moins, j’ai trouvé l’échelle ! Je me sens si triste de voire toute cette humanité grouillante qui ne sait même pas que l’échelle existe !


À bon entendeur


PS : 1. tu ne me dis pas comment nous pourrions éviter un débat stérile pour nous supporter mutuellement dans notre recherche… Tu vois ça comment ?
2. Salutations passées à Joe, qui en ronronne d’aise. Il ne passe que quelques heures le soir chez moi, je ne veux pas qu’il s’installe à demeure le bestiau !


Les oignons


Mais dis donc, tu fais une entrave au programme quotidien. Ça contraste fort avec le “ballot”, pour reprendre ton terme, qui se retient de répondre immédiatement. Et tu as placé ça où dans ta journée ? Juste après la marche nordique ou bien faisait-il trop froid et brumeux pour sortir ? ça ressemble furieusement à un supermarché cette offre illimitée à la carte. Tu aurais pu englober dans la foulée tous les autres systèmes, méthodes, y compris le christianisme que tu ne semble pas porter dans ton coeur. Sans parler d’internet qui nous permet en fin de compte d’avoir chacun sa compil perso en faisant un brin de shopping par ci, par là. Ce doit être ça le diable tant redouté des cathos.

Et bien vois-tu, s’il est une chose dont je suis tout particulièrement reconnaissant à mes parents, c’est de ne m’avoir pas trop façonné, en me laissant autant que possible me construire, tout en limitant les dégâts, afin que je puisse tout de même fonctionner en société. Comme le dit souvent mon père, je suis un fils d’arriéré, qui a été nourri logé plutôt qu’élevé, voire éduqué.
Donc il y aurait un guide pour chaque besoin. Dis donc, ça doit faire pas mal de guides ça. Je dirais même qu’il y a certainement plus de guides que d’individus sur cette planète. Non, je dois me tromper, il ne peut y avoir qu’un besoin par individu, un besoin essentiel qui englobe les autres. Mais alors, si on pousse un peu plus le raisonnement, il n’y a qu’un besoin qui s’exprime différemment pour chacun. Vouloir posséder la dernière Porsche n’est qu’une variante de l’impatience à se réaliser pour mieux aider cette humanité souffrante. Finalement, un guide, s’il est l’être éclairé dont tu parles, ne devrait avoir aucun problème à parler le langage qui convient à chacun, lui parler directement dans son coeur, le toucher au plus profond et en faire immédiatement un adepte, voire un disciple fidèle. À défaut, il doit lui manquer quelque chose, ce qui dans la foulée lui donne une coloration un peu plus proche de l’humain que nous sommes. Quant à l’infinité des outils, on se demande pourquoi il faudrait tant d’outils pour réponde à une seule et même question qui peut prendre diverses tournures du genre qui suis-je, qu’est-ce que je fous là, comment arrêter de s’emmerder, bref, encore et toujours cette quête du bonheur. Tu mentionnes les différences culturelles pour justifier la diversité des approches. Je te rappelle que le bouddhisme tibétain n’a pris sa dimension universelle que depuis l’exil forcé. Avant ça, il fallait être bien imprégné de culture tibétaine pour décoder les visualisations des divinités à mille bras ou autres. Aujourd’hui, à l’heure de l’ère de la communication, ces différences s’estompent et le besoin premier, essentiel, ainsi que les approches pour le réaliser, s’uniformisent. Paradoxalement, l’offre spirituelle n’a jamais été aussi large.
Afin de ne pas me perdre, comme beaucoup, dans la richesse de cette offre, j’ai pris l’option de me choisir comme guide, en connaissant mes, ou devrais-je dire, ses limitations. Ainsi, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi-même dans tous les cas de figure. Il s’agit, bien entendu, de comprendre ce “moi-même” comme un agrégat composé de l’ensemble des infos retenues auprès de tous les guides sur le chemin et tu en fais ma foi partie. Ce qui explique d’ailleurs largement les limitations visées plus haut.
Tu me vois bien frustré par ton effleurement des questions liées à la conscience. Toujours cette dualité entre la projection dans un monde sublimisé, clear and knowing, sans entrave et sa piètre réplique discriminante, agrégat médiocre, outil émoussé qui devrait permettre d’enlever les couches d’oignon. D’où le besoin du maître dont les outils sont parfaitement aiguisés.
Je pars d’un principe tout simple. Si tout ce qui est, est imprégné ou est la manifestation du divin, c’est donc le cas pour chacun de nous. Le propre d’un oignon, c’est justement d’être constitué de couches. Si tu les enlèves toutes, il n’y a plus d’oignon. Et bien c’est sur cette base que je considère que c’est du temps perdu de vouloir travailler, faire des efforts pour aiguiser l’outil ou utiliser celui d’un autre afin d’enlever petit à petit ces couches et découvrir enfin qu’il n’y a rien. C’est maintenant, tout de suite ou jamais. Je fous l’oignon à la poubelle. Tous les efforts fournis ne feront que renforcer la résistance de l’oignon à disparaître et en plus ça fatigue.
Nous éprouvons tous au cours d’une journée des moments de grâce qui correspondent à une certaine perte de conscience de soi, comme si nous étions la chose que nous voyons ou faisons. Voilà bien le nirvana que nous recherchons et le seul chemin qui m’a permis jusqu’à aujourd’hui d’augmenter la fréquence et la durée de ces instants est l’attention de l’instant présent.
Et pour ça, je n’ai besoin d’aucune pratique et d’aucun maître. Juste être là, maintenant. Mais libre à toi de ramer…
Je te ferai pourtant une concession. Si tu choisis une pratique, il est certainement plus prudent de s’assurer de l’assistance d’un maître dont la fonction essentielle serait de t’éviter les impasses ou les accidents.
Je ne refuse aucun support externe puisque chaque rencontre devient un enseignement et le maître est à tous les coins de rue. Mon besoin d’honnêteté se traduit ici surtout par mon impossibilité à croire en des postulats comme la réincarnation et tous ces trucs qui permettent à un système d’avoir un semblant de cohérence.
Quant à ta position au bas de l’échelle, c’est bien toi et nul autre qui décide de te voir là et de voir ton ami en haut. C’est ton monde que tu projettes et qui justifie tout ton labeur afin de gravir péniblement les échelons. Personnellement je pense que, à ta place, je préférerais ne jamais avoir vu cette échelle. Ce d’autant plus que tu es paresseux !


Arbeit macht frei !


Réponses à tes PS :
PS 2. Observe ton chat et prend en de la graine ! Bientôt il sera le maître à la maison. Je suis certain que tu as déjà commencé à le nourrir.
PS 1. Ça vient gentiment, entre les lignes. En fait, pour être tout à fait franc, je pense que c’est surtout ce que tu écris qui te servira en temps voulu et de même pour moi.
Et tu sais pourquoi ? Allez devine !

Faut toujours que t’exagère… Tout est bon pour me caricaturer, mais je l’accepte bien volontiers, venant de toi. Même si mes journées sont relativement programmées, il n’en reste pas moins que, avec ma flexibilité légendaire, je peux sans autre la bouleverser. Surtout quand il s’agit d’apporter un peu de lumière dans les ténèbres intellectuelles et spirituelles du crabe. C’est encore plus beau quand c’est inutile ! Mais t’as raison sur un point, j’ai fait l’impasse sur l’exercice physique ce matin, trop froid, trop brouillardeux pour mettre un épicurien dehors !
Tu te fourvoies une fois de plus ! La différence entre les propositions offertes par le bouddhisme et celles des autres voies, c’est le but.
Histoire de te faire trépigner, le but du bouddhisme est l’aboutissement de notre potentiel, alors que, à mon avis, les autres traditions vont dans la bonne direction, mais ne permettent pas d’aller jusqu’au bout. Même dans le bouddhisme tibétain, on prétend que le chemin du petit véhicule ne peut pas mener à l’illumination. Je t’entends déjà hurler au sectarisme, mais ne t’égosilles pas ainsi, tu te fais du mal ! Le gourou, comme déjà dit maintes fois, est là justement pour éviter le butinage incessant. Une fois les outils choisis, il vaut mieux s’en servir au mieux sans tenter de vouloir tous les essayer.
Contrairement à ce que tu penses, je porte toutes les voies réellement spirituelles dans mon coeur, car elles ne peuvent que rendre le bipède plus proche de sa véritable nature, et ainsi contribuer à élever le niveau général. Si tu ne le savais pas, je te signale que Lama Yeshe avait proposé une méditation spéciale sur J.-C. lors d’un Noël à Kopan. Une légende prétend qu’un Lama en retraite méditative avait découvert que le mantra de J.-C. était OM MANI PADME HOUM, la mantra de Chenézig, le Bouddha de la compassion. On peut donc en déduire sans vouloir à tout prix tout récupérer, que J.-C. était une émanation de Chenrézig… Cependant, nous serons sans doute d’accord que les religions chrétiennes d’aujourd’hui ont perdu l’essentiel du message du Christ…
Tu as également mal compris le pouvoir du gourou. Sans crainte de radoter (je l’écrivais déjà dans mon message précédent), si le gourou avait le pouvoir de faire naître en chacun la sagesse, nous serions déjà tous depuis longtemps sortis du merdier. Même si pour toi ce n’est qu’une chimère créée par le système bouddhiste, le karma joue un rôle important pour comprendre que le problème n’est pas du côté du gourou, mais du côté des êtres sensibles : s’ils n’ont pas créé les causes, s’ils  n’ont pas ouvert leur coeur, ils seront imperméables au message. Sans vouloir toujours tout ramener à moi-même, je me souviendrai à jamais de ma première rencontre avec Lama Yeshe, qui fut une révélation. Souviens-toi de l’analogie avec la lune : elle brille constamment, et elle se reflète (sans la moindre volonté de sa part) dans tous les points d’eau, petits ou grands. La Lune elle-même ne peut pas créer ces points d’eau, ce qui ne l’empêche pas de briller quand même. La Lune ne manque de rien s’il n’y a pas de points d’eau, elle brille.
Quand l’être est sincère dans sa recherche et qu’il est prêt à écouter, alors là oui, le gourou parle exactement avec les mots qu’il faut pour cet être… Si le bouddhisme tibétain a été si longtemps confiné, c’était sans doute dû au fait que le karma des occidentaux n’était pas mûr.
Si tant d’outils sont proposés, c’est justement dû aux karmas différents de tous ces êtres. Et, une fois encore, pour ne pas s’y perdre, il faut un maître qualifié qui connaisse non seulement l’usage de chaque outil, mais qui perçoit également lesquels seront appropriés pour chacun. Après, c’est à chacun de se déterminer…
Et si j’ai choisi l’image de l’oignon, c’était à dessein. Grâce à ton intelligence pénétrante (une fois n’est pas coutume…), tu as bien compris qu’une fois toutes les couches enlevées, il ne reste rien. C’est exactement cela : la vacuité de la conscience, impossible de la définir en fait, car elle est vide d’existence inhérente, comme tous les phénomènes d’ailleurs.
Même la vacuité est vide d’existence inhérente… Quant à la présence à l’instant, l’ici et maintenant, même les animaux vivent cela de manière involontaire ; ce n’est donc pas une bien grande réalisation…
Il n’y a pas de magie. Lorsqu’on adopte une approche parmi d’autres, il faut laisser du temps au temps. Rien de durable ne se produit d’un coup de baguette magique. Ce qui se passe souvent, c’est que celui qui cherche à se développer, à se réaliser, trouve quelques éléments utiles et intéressants dans une approche, mais ne persévère pas dès qu’il s’agit d’un travail de plus longue haleine, nécessitant une vraie remise en question personnelle. Alors, on multiplie les démarches, à l’affût de tout ce qui semble nouveau, sans aller assez loin, sans vraiment s’engager, et un jour survient le ras-le-bol et la déception.
À part ça, Joe le chat ne sera jamais maître chez moi, j’y veille…
Effectivement, je lui donne à manger, mais dans son assiette qui se trouve dans sa cabane. Ainsi, il tuera peut-être moins de mulots… Mais il est absolument trop chou, cet être sensible… On doit se connaître depuis longtemps…


Bisous à toi, l’Adolf de service

PS : Je n’ai pas deviné, tu connais mon manque de finesse, d’intuition et de sagacité à suivre les méandres de ta pensée torturée… Où alors veux-tu dire qu’on enseigne le mieux ce qu’on a le plus besoin d’apprendre ?


La soupe aux oignons


Comme tu es prévisible ! J’aurais presque pu écrire la réponse à ta place.
Allez, fais un effort, surprends moi !
Y’a que nous, on est les meilleurs. C’est bien le propre des religions, et des systèmes puisque vous vous acharnez à ne pas vouloir considérer le bouddhisme comme une religion. D’ailleurs, les guerres d’aujourd’hui et peut-être de toujours sont bien le reflet de l’intolérance des croyances de l’autre. Comment oses-tu préjuger des multiples approches spirituelles alors que tu as à peine effleuré les enseignements de tes lamas ? Tu portes toutes les voies réellement spirituelles dans ton coeur. Je traduis ; tout ce que les autres systèmes partagent avec ton approche. (D’ailleurs, comment s’appelle ton bouddhisme ? pour ma culture.)
En fait, tu n’en sais rien, comme tu l’avoues plus bas, une fois les outils choisis on s’y tient. Et on se met au boulot. On fait ce que dit le gourou et si le moindre doute pointe, ce ne sera qu’une illusion, la tentation de Satan qu’il faudra fermement tenir en respect et surtout ne pas flancher sur le long chemin laborieux vers la réalisation suprême.
Le plus drôle dans l’affaire, c’est qu’il faut être prêt pour reconnaître le gourou. C’est à se demander à quoi il sert celui-là.
Nous sommes tous des stars qui se reflètent dans les flaques, même si y’en a qui brillent un peu plus que d’autre. Libre à toi de te prendre pour une tache de boue.
Bref, rien de nouveau sous le soleil, tu es un être qui croit au karma, à la réincarnation et tout le binz. Tu fais aveuglément confiance au gourou et tu vas travailler dur pour espérer un jour une réalisation qui dépasse ton entendement. Je te souhaite bien du plaisir dans ce programme rébarbatif et contraignant et je retourne à ma petite réalisation animale de l’instant.
Mais, dis-moi, une chose m’échappe. Si tout ça est vide d’existence inhérente, pourquoi tu te fais pareillement chier. Tu devrais peut-être sérieusement reconsidérer l’ici et maintenant car c’est bien ainsi que tu disparais vraiment et tes aspirations avec. Alors tout ce que tu cherches si laborieusement est, que tu le veuilles ou non. Il est pas tentant mon programme ?


Om mama miam miam


PS. On enseigne le mieux ce qu’on a le plus besoin d’apprendre est en effet un bon résumé de ma conviction qu’on apprendra plus, l’un et l’autre, de nos écrits que des réponses de l’autre. Ce que je voulais dire, mais là je me répète lourdement, c’est que tu es ton meilleur maître.


En fait, je crois que nous nous connaissons trop bien… En te lisant, j’étais mort de rire, ta réponse est dans l’ensemble également tellement prévisible que j’aurais pu aussi l’écrire à ta place… À part quelques énormités… Où as-tu vu la moindre intolérance dans mes propos ? Chacun est libre de suivre le chemin qui lui convient, même s’il ne mène pas là où espéré. As-tu vu des bouddhistes tibétains critiquer ou combattre d’autres religions ? Mais si on a choisi une voie plutôt qu’une autre, c’est que personnellement on pense que c’est le meilleur choix, non ? Le bouddhisme peut être une religion pour certains, une philosophie pour d’autres, pour moi, c’est une méthode. C’est mon choix et mon interprétation, car je laisse tout ce qui pourra être croyance pour privilégier l’expérience. Mais j’ai vraiment l’impression de toujours dire la même chose. Ta persistance à ne pas comprendre ce que je veux partager me fait penser qu’à trop manier l’outrance, tu perds en crédibilité. Je n’arrive plus à savoir si tu me cherches ou si tu penses vraiment ce que tu écris… C’est tellement de la mauvaise foi.
Je ne sais peut-être pas grand-chose, mais ce que je sais, c’est l’expérience qui me l’a apprise. Expérience qui confirme les enseignements et conseils du maître. Que ça te plaise ou non, que tu y croies ou non. Si je lis que le désert est chaud et sec, et que je vais voir que c’est réellement chaud et sec, j’en conclus que ce que j’ai lu est vrai. Mais tu ne peux même pas imaginer une seconde que l’autre (en l’occurrence moi) peut baser sa pratique sur des vérifications. Mais non, je ne serais qu’un pauvre naïf prêt à gober tout ce qu’on lui dit, manipulé par un imposteur (pour quelle raison d’ailleurs ? L’argent ? Le pouvoir ? La réputation ?) qui s’accroche à des affabulations telles que le karma ou la réincarnation pour essayer désespérément de sortir de son mal-être existentiel. Pour cela, je m’infligerais des souffrances comme les pénitents du passé et du présent, tel le chiite qui se lacère le dos en pleine hystérie collective. J’exagère à peine. Si tu savais comme tu es loin du compte.
Juste en dernier baroud d’honneur, même si c’est parfaitement inutile, l’absence d’existence inhérente ne signifie pas l’absence d’existence. Cela veut dire que cela existe en dépendance de causes et de conditions, et de ses parties. Une voiture n’existe pas par elle-même, mais quand un certain nombre de pièces sont assemblées sous une certaine forme, on étiquette alors "voiture". Le problème, c’est alors qu’on y croit, on saisit, on fige, et on croit qu’il y a désormais une voiture qui existe là, de son propre côté, de manière indépendante. Et c’est la même chose pour tous les phénomènes, le "je", la vacuité, la conscience… Rien n’existe de son propre côté. C’est justement cette absence d’existence inhérente qui fait que tout change, bouge et se transforme. Sinon, tout serait figé. En réalisant cela, impossible de s’accrocher à quoi que ce soit, puisque le sujet, l’objet et l’action sont totalement fluides.
Quant à l’ici et maintenant, on peut effectivement le vivre par instants… Then what ? Qui va chercher les enfants dans le futur à la sortie de 16 h ? Qui va prévoir de quoi bouffer pour demain ? Je crois que cette expérience n’est qu’une des toutes premières manifestations d’un assouplissement de l’esprit, une sorte de fenêtre ouverte vers… l’éternité ? l’indicible ? la vérité ?… peut importe le terme. Mais loin est encore la réalisation, l’illumination, l’aboutissement… stable et indestructible.
Bref, je voulais faire court, mais je m’emporte. Tellement vide de sens tout ça… Je ne veux pas te convertir, encore moins te convaincre, mais tenter d’expliquer. Mais ton filtre va encore interpréter à ta façon… Impossible pour toi de saisir que cela fonctionne pour moi (et pour d’autres), cela démolirait ton propre système, ta propre religion, tes propres croyances. Tu vois qu’on est très semblables dans le fond


Hasta la vista, hombre !

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