11/12/2017

Provocations 10


 

 

4 octobre 2007


Ah ben voilà, enfin une parcelle de vérité dans ta logorrhée. J’admets (pas le moyen de faire autrement) que j’ai eu mon passage culpabilité au sujet de ma paresse et de mon manque d’assiduité à la pratique. En 30 ans, on passe par bien des états d’âme et d’esprit. Mais depuis pas mal de temps déjà, je suis passé à autre chose. Je me sens étonnamment en harmonie avec mes aspirations. Même les pratiques les plus difficiles pour moi me procurent satisfaction. Mais à doses raisonnables pour que cela reste compatible avec mon sens instinctif du confort et du bien-être, tu me connais ! Comment dire, je suis passé au stade ou cela fait partie de moi, un peu comme de se brosser les dents. On ne se pose même plus la question, c’est naturel. Et même si parfois je vais m’asseoir à reculons, une fois assis, la connexion s’établit, et la mémoire (ou l’habitude ?) refait surgir les empreintes laissées par les retraites précédentes. Bref, les "comitments" tant redoutés ou moqués par certains deviennent parties intégrantes de mon existence, et non plus une obligation à accomplir sous peine de châtiment.
Et oui, je me suis infiniment reconnaissant d’avoir créé les causes et conditions pour me permettre de continuer sur cette voie extraordinaire, d’avoir à nouveau rencontré le gourou et même si le but ultime (héhéhé !) n’est pas pour cette vie, je sais que j’avance dans la bonne direction. Et ça, c’est aussi sûr que je dois respirer pour vivre
dans ce corps.
Ciao paulo

PS : merci de me montrer ou j’ai employé les mots "but ultime" (à part ci-dessus, bien sûr), malgré une relecture de tous les messages ci-dessous, aucune trace. C’est un détail, mais je voulais juste te rassurer : je dis ce que je pense, et je pense ce que je dis.

 


Culpa nostra


Bien qu’en apparence tu lâches un peu de lest, ton “mea culpa” ne sert qu’à raffermir ta position par des justifications bien légères. Comment t’en tenir rigueur ? Et oui, la force des habitudes comme celle de se laver les dents ou pratiquer le même travail toute sa vie, voilà qui laisse des traces indélébiles. On évite les caries et on devient un expert. La belle affaire ! L’esprit discriminatoire qui te semblait si cher plus bas a fait long feu puisque tu ne te
poses même plus de questions.
Je me demande aussi comment tu peux à la fois être reconnaissant d’avoir créé certaines causes et ne pas craindre d’en créer d’autres. C’est pourtant le même processus à l’oeuvre. Quant aux certitudes…
Pourtant, je dois à mon tour reconnaître que je te sens bien dans ta peau, en harmonie. De toute façon, toutes ces diatribes n’ont pas beaucoup de sens, car tu n’as pas d’alternative. Tu es coincé sur la voie et tu ne risques pas de dérailler parce que tu roules encore à la vapeur. Au moins tu ne fais de mal à personne et ça c’est déjà immense.
Je reconnais aussi que mon cynisme est suspect. Tant d’énergie pour combattre, remettre en question, défendre une position, ça cache quelque chose. Un peu comme si j’avais la crainte de perdre les derniers repères un peu stables qui jalonnent mon parcours. Comme si mon intégrité était menacée. Ce doit être un héritage de mon éducation, un souci maladif d’authenticité, au moins comme point de départ, histoire d’éviter les impasses et l’égarement dans le labyrinthe de la vie. Mon taux de réussite étant relativement médiocre, j’envisage la possibilité d’avoir été souvent berné par mon ego. Pourtant, je ne me sens pas orgueilleux contrairement à ce que tu assènes inlassablement. Je n’ai pas d’ambition autre que de m’améliorer humainement, devenir moins mordant, plus gentil, plus gentleman. Développer les belles manières et la faculté de reconnaître en chacun sa beauté, son unicité et sa peine.
D’ailleurs, si tu étais capable de réécouter notre discussion sur l’orgueil, sans a priori, tu ferais sans doute de précieuses découvertes.
J’ai du boulot et je ne sais pas trop par où commencer. Je ne suis pas prêt. Ce n’est qu’une prise de conscience assez fraîche et un besoin d’explorer. Moi aussi je suis coincé. Je me moque de tous ces yogis qui passent leur journée assis et la vie me contraint à faire de même, c’est un comble.
Ave césar


PS : Comme tu le sais, le meilleur moyen de montrer le chemin n’est pas de prendre l’enfant par la main, mais lui apprendre à lire une carte. Je ne peux donc que t’encourager à te relire encore et à défaut de pouvoir changer l’esprit qui est derrière tes yeux, te payer une paire de lunettes.

 

Si je ne me pose plus de question sur la voie à choisir, c’est que j’ai trouvé la réponse ! Fini le temps du shopping dans le supermarché spirituel, prenant un peu ici, un peu là, pour finalement être totalement confus. Un yogi du temps passé disait : "pratiquez 100 déités, vous n’en réaliserez aucune, pratiquez une déité, et vous les réaliserez toutes !" Ne crois-tu pas que par simple esprit de cohérence, il faut approfondir le plus possible la voie choisie, sans balancer de l’un à l’autre ? Un jour ou l’autre, il faut choisir. Et si l’on a de l’ambition, autant y aller ! C’est comme quelqu’un qui veut faire de la musique, et hésite constamment entre pleins d’instruments : parviendra-t-il à jouer très bien de tous ces instruments ? La discrimination sert surtout à discriminer entre le positif et le négatif, entre les véritables réalisations et les chimères, afin de progresser sur la voie. Le doute sur la voie qu’on s’est choisie ne fera que retarder la progression. La confiance est un facteur essentiel.

D’autre part, je ne crains pas de créer certaines causes, si elles sont positives. A contrario, je crains d’en créer de négatives. Et je préfère avancer à la vapeur que de faire du surplace en attendant le moteur à eau ! (chuis assez fier de celle-là).

Comment qualifier un être qui ne peut admettre que d’autres êtres soient plus avancés que lui, qui pourraient lui apporter aide et soutien sur le chemin de la découverte de soi et des autres ? Qui se permet de juger les activités d’êtres manifestement en chemin, si ce n’est plus ? Pour moi, un qualificatif s’impose : orgueilleux !
Mais rassures-toi, comme tes qualités sont immenses, tu es malgré tout un être attachant. Je suis flatté de te compter parmi mes amis, et je reconnais que tu recherches sincèrement à t’améliorer. D’ailleurs, ça marche (même si je ne suis pas sûr que Loretta partage ce point de vue, lol).
Continue donc, mais pourquoi ne pas accepter humblement une béquille quand on a le pied dans le plâtre ?
La dernière partie de ton message est intéressante… On dirait qu’on est en pleine thérapie ! Peut-être que nos échanges seront un jour publiés sous forme de correspondance…
Faut dire que y’a déjà eut des livres moins intéressants ! En tout cas, cela confirme que tu ne crois pas toujours à ce que tu dis ou écris, mais que la provocation est toujours ta meilleure amie !
Sayonara, Clara


PS : au lieu de persister à vouloir m’acheter des lunettes, cites-moi donc le passage où je parle de ces deux mots… tous les messages sont ci-dessous, alors bonne chance, Maxence…

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