29/11/2017

Provocations 5

Capture d’écran 2017-11-22 à 15.54.25.pngEchanges impertinents entre le rat et le crabe.

https://play.google.com/store/books/details/Pierre_Jenni_Provocations?id=Mm_nr5oM2HIC

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18 septembre 07


En effet, j’avais cru comprendre que l’ambiance n’était pas au beau fixe entre vous, mais en fait, rien de bien nouveau. Je te comprends tellement dans ton dilemme entre ton amour (attachement ?) à tes filles et ta liberté. Je bénis le ciel (hihihi) tous les jours de ne pas avoir à faire ce choix. Donc en fait, mon cher ami, lorsque tu m’écrivais il n’y a pas si longtemps que : "Tu n’imagines pas à quel point je me sens libre…", tu ne pensais pas alors à cet aspect. Tu me donne l’impression de faire le gros dos en attendant que ça passe, en te terrant dans ta solitude. Je t’entends déjà ricaner en me répondant que je ferais mieux de ne pas aborder ce sujet, moi qui me délecte de ma situation semi-ermitique. Le projet indien ne participerait- il pas de ce désir de changer d’environnement en espérant changer ainsi la situation relationnelle ? Mais comme tu le dis si bien, c’est dans la tête que ça se passe… Faudrait aussi s’entendre sur ce qu’on entend par "liberté". Est-ce la liberté pour l’ego de vaquer sans contraintes, ou est-ce le fait de ne plus laisser l’ego contrôler le jeu ?
Big hugs and love


Bon, c’est à la fois simple et compliqué.
En premier lieu, il y a un paramètre qu’il s’agit de cerner pour éviter les malentendus. La notion d’ego. Il est parfaitement clair qu’un individu narcissique, comme je me plais à me définir, est un être qui se complait dans l’illusion d’être exceptionnel, unique, bien distinct de la
masse. En ce sens, il subit la gouvernance de son ego.  Dans mon cas, j’ai un problème. Un pote à moi a eu l’idée inqualifiable de m’emmener écouter les enseignements d’un maître et bien que j’aie échappé à cette première tentative, il s’en est suivis d’autres et j’ai mis le pied dans un processus irréversible. Je ne tiens pas à charger ce pote, car il n’a fait que ce que sa nature l’a poussé à faire. De même pour moi, il a bien fallu que le terreau soit fertile pour que la plante daigne pousser. Les conséquences sont difficilement évaluables. Il n’empêche qu’aujourd’hui, j’ai bien de la peine à cerner mon ego qui pourtant me facilitait bien la vie. C’est un peu comme si j’étais une partie de tout ce avec quoi ou qui j’interagis. C’est assez déstabilisant et je ne sais plus trop quoi faire.

Par ailleurs, la nature, la génétique, le karma, ce que tu veux quoi, m’ont doté d’une grande facilité pour à peu près n’importe quelle entreprise, ce qui élargit considérablement le champ des possibles. Aussi loin que je puisse remonter, j’ai le souvenir d’être en attente d’un signe clair. “C’est ça que tu dois faire ! “J’attendrai vraisemblablement toute ma vie.

C’est pourtant bien vrai que je me sens libre. J’ai peu de contraintes. Matérielles en tout cas, ce qui est déjà pas mal. Concernant les filles, c’est une contrainte que je m’impose afin d’éviter les regrets. Personne n’a vraiment besoin de personne. La survie est le maître suprême et finalement ça passe ou ça casse. Mes filles se débrouilleraient très bien sans moi et moi sans elles. Seulement je n’ai plus d’envies. Alors je fais au jour le jour avec ce qui vient, sans projets et étonnamment sans déprime. Je suis pourtant passé par là après un surmenage et je pense pouvoir en reconnaître les symptômes. Il se trouve que la déprime est encore un de ces jeux subtils de l’ego soucieux d’afficher sa différence. Il m’est difficile de la prendre au sérieux. Je me retrouve comme un con dans une espèce de voie du milieu, sans rejet et sans passion, avec la cruelle sensation de regarder le temps passer en évitant sagement toute forme d’engagement qui m’apparaîtrait comme une façon de remplir artificiellement le vide. Je rêve pourtant de me donner. De vivre pour un peu plus que moi. Rendre ce qui m’a été donné, parce que ça déborde ou ça m’étouffe. Je rêve qu’on vienne me prendre par la main, comme Zoé quand je l’emmène à l’école, ou peut être comme toi dans ta relation au maître. C’est tellement plus facile lorsqu’on peut se reposer sur quelqu’un ou sur une conviction. Ça déresponsabilise. Voilà donc bien mon rêve et ça passe certainement par la dissolution de cet ego qui ne me facilite plus la vie mais qui refuse de laisser sa place. Alors oui, une partie de moi fait le gros dos en attendant que ça passe sans s’illusionner pourtant sur la suite. Dans le même ordre d’idée, je ne peux que t’encourager à profiter à fond de ta délectation, car ce n’est qu’un sursis accordé aux êtres bornés, peu prompts à la remise en question et surtout, par manque de rigueur spirituelle, en compromission avec eux-mêmes. Ta nature te contraint à prendre la route longue. Tu as pourtant essayé les raccourcis lorsque tu as pris la robe ou par tes pratiques. Il me semble que tu as fait preuve d’une grande sagesse en reconnaissant ta nature intrinsèque, tu avanceras ainsi à ton rythme, côte à côte avec ton ego et ça prendra le temps qu’il faut mais au moins tu n’es pas sur une voie de garage. Il faudra pourtant que tu gères ton sentiment d’urgence puisque tu souhaites ardemment y parvenir dans cette existence.
Steve me propose un bicycle tour aux US. Je suis tenté. Histoire de découvrir les Américains chez eux sans le filtre des médias. Ça me permettrait aussi de remuer un peu
ce sac de peau. Mais comme je te le disais plus haut, l’enthousiasme fait dorénavant défaut. ;-)

 

En voilà un message qu’il est intéressant ! Sans doute l’un des plus intéressant depuis des lustres. Merci donc de partager ton intimité de si belle façon ! Voici les quelques remarques que cela m’inspire. Ne penses-tu pas que chaque individu, narcissique ou pas, se complait dans l’illusion d’être exceptionnel, unique et bien distinct de la masse ? Enfin quand je dis chaque individu, je pense à ceux qui s’identifient à leur ego. C’est dans la nature de l’ego de se croire unique, même dans le négatif d’ailleurs (je suis nul, tout ça). Quand tu écris que tu as du mal à cerner ton ego, c’est une sacrée réalisation ! Cet ego si concret, si solide, si indépendant disparaît dès que l’on tente de l’identifier. Nulle place où le trouver, nulle forme à lui donner. Pas étonnant que tu te sentes partie de ton environnement ! Je me réjouis ! Je suis également d’accord avec toi lorsque tu écris que la dépression est un jeu de l’ego. Se complaire dans sa propre souffrance, sans s’ouvrir aux autres et à l’extérieur. Typique du self cherishing mind.

Tu n’as plus d’envies… Est-ce du détachement ou de l’indifférence ? La différence est subtile, mais énorme ! Il est vrai qu’il est plus facile de se détacher quand on n’a pas de soucis (matériels) pour son futur. Quand on doit lutter pour sa survie, ça devient plus difficile… Je te comprends parfaitement aussi lorsque tu dis éviter toute forme d’engagement. Ça t’étonne ? Je pense aussi que tous ceux qui s’agitent essaient de combler un vide, la peur de la mort en fait. Tant qu’on bouge, on est vivant… Tu rêves de te donner, ça ressemble à de la bodhicitta d’aspiration… On dirait que nos lamas ont quand même réussi à déposer quelques graines vivaces… Peut-être pourra-t’on faire quelque chose de toi ! (je sais, je me la pète un peu, mais
avec toi, je peux !)

Par contre, je ne peux adhérer à ta proposition disant que de s’appuyer sur un maître ou une voie serait déresponsabilisant. Bien au contraire. Le sentiment de
responsabilité vis-à-vis des autres étant devenu intense, l’urgence de devoir les soulager de leur souffrance fait qu’il n’y a plus une minute à perdre (même si je suis parfaitement conscient que ce sera dur d’y parvenir dans cette vie, mais en considérant l’infinité, une vie est bien courte…). Pour ce faire, autant constater sa propre inefficacité due au manque de sagesse et de grande
compassion. Si nous sommes assez vertueux pour avoir rencontré le précieux gourou et le précieux chemin, alors notre responsabilité est de demander l’assistance de celui qui est déjà passé par là, qui a développé sagesse, compassion et pouvoir. Ainsi, d’une part, on mate le désir de l’ego de tout faire tout seul (je sais, je peux, je vais…), on ouvre la porte à l’expérience et l’on ne se disperse plus pitoyablement dans les super marchés, soi-disant spirituels, ou attendre le deus ex-machina qui viendrait tout soudain apporter la solution. Donc naturellement, je pense exactement le contraire de cette ânerie proférée prétendant que j’aurais choisi la voie longue… Je ne pense pas non plus que de prendre la robe raccourcirait le chemin. Ce n’est qu’un choix permettant de mieux (?) contrôler ses délusions pour certaines personnes. La plupart des grands saints mystiques hindous et bouddhistes
n’étaient pas moines ! Quant aux pratiques, ce ne sont que des outils pour travailler l’argile qui deviendra oeuvre d’art, là mon grand, t’as tout faux ! Par contre, il est vrai que je manque de rigueur, mais on ne peut pas avoir tout bon partout ! Ce serait trop insupportable pour vous autres si je ne manifestais aucun défaut !

Pour ce qui est du bicycle tour dans l’Empire du mal, tu sais ce que je pense des Ricains ! Et ce n’est pas dû qu’au filtre des médias. Même lors de réunions avec les lamas, faut toujours qu’ils poussent pour se mettre devant ! Le peuple élu ! God bless America ! Et pis quoi encore, qu’Il maudisse les autres pays ? En plus, ils inscrivent ça sur leurs billets de banque ! Quelle fauxcutterie ! Je devrais les remercier de m’aider à pratiquer la patience, mais ils en font trop… Chuis pas encore assez fort pour développer de la compassion pour ces gens-là. Voilà mon brave, ce fut un bon moment en ta compagnie virtuelle.Très bonne soirée et bonne bourre !

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