24/11/2017

Provocations 2

 

Capture d’écran 2017-11-22 à 15.54.25.pngEchanges impertinents entre le rat et le crabe.

https://play.google.com/store/books/details/Pierre_Jenni_Provocations?id=Mm_nr5oM2HIC

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11 septembre 2007


Ta visite éclair


Je repense à ta remarque sur ma personne. Tu prétends que je suis un mec bizarre, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Par rapport à quoi, à qui ? Tu pratiques assurément à merveille l’art diplomatique de la flatterie, ce doit être une déformation professionnelle. En effet, quoi de plus gratifiant pour un ego que de se sentir différent de la masse, du troupeau ? D’ailleurs, Loretta s’y est bien facilement laissée prendre. À défaut de pouvoir un peu clarifier ta pensée, je te serais reconnaissant de m’indiquer les buts recherchés par une telle remarque. Mais tu en es certainement incapable. C’était peut-être juste histoire de dire quelque chose. Ou simplement vérifier l’effet produit. Si je suis un mec bizarre, alors nous le sommes tous. Crois-tu vraiment que tu es mieux logé avec tes centaines de milliers de représentations divines en plâtre, tes prosternations et ta dévotion sans faille au maître ? Tu as beau te rassurer en plaçant bien haut les pratiques spirituelles. Tu oublies qu’elles ne sont qu’une variante d’un matérialisme plus subtil mais ô combien plus déstructurant pour ce sac de peau en peine d’intégrité.


Je partage ton souci de relativisation du moi. Comme le souligne mon père dans son poème, "Sempiternam", c’est un mythe commode. Je tiens pourtant à passer ma vie en bon voisinage avec lui, comme un frère que j’observe et qui m’apprend plein de trucs. Vouloir le détruire, c’est
bien entendu le renforcer et dépenser une précieuse énergie. Alors, lui et moi, en bon schizos, on fait ami-ami et on avance sereinement vers l’Eternité déjà présente partout.


Merci quand même d’avoir fait l’effort de remuer ta carcasse jusqu’aux Sellières. J’ai toujours un immense plaisir à te revoir.
A+

 


Tu manques décidément de confiance en toi, malgré tes fanfaronnades… Je n’ai pas dis que tu étais un mec bizarre (même si je le pense…), mais que tu étais un beau représentant de la mutation de l’espèce ! Il est vrai que chaque individu est bizarre par définition, étant unique.
Mais tu admettras que ces cinq agrégats, supports du label "Pierre", sont pour le moins légèrement plus bizarres que ceux de Monsieur Dupont. Je suis surpris que ma remarque, qui était plus spontanée que préméditée, t’ait autant interpellé. Je savais malgré tout en le disant que tu serais flatté d’être ainsi singularisé. Ton ego surdimensionné ne pouvait que se délecter d’une telle reconnaissance.


Quant au moi, il n’est pas question de le détruire, ce serait peine perdue. Il suffit simplement de cesser de croire à cette supercherie, et il disparaît aussitôt. C’est la croyance en un ego autonome qui lui donne son existence. Tout comme les autres phénomènes d’ailleurs. Mais bon,
c’est tellement simple que ton esprit torturé ne peut même pas envisager que cela puisse être ainsi. À 50 ans, ta recherche pathétique d’une explication, en empruntant tous les sentiers parcourus par des aveugles handicapés, est vraiment consternante. Surtout après avoir été mis en contact avec une avenue sûre et parcourue par des esprits libres prêts à te guider avec amour et sagesse. Mais là encore, comment cet ego triomphant pourrait-il accepter d’initier sa propre défaite ? J’espère que le moment de la dissolution de ton ego à la mort ne sera pas une trop grosse surprise… Avancer sereinement avec lui vers l’éternité sera alors un projet bien difficile. Pffffouuit, plus de Pierre ! Quelle angoisse !


Je t’aime aussi

 


Mon dieu ! Il nous en faudrait du temps pour éviter les malentendus. C’est pas avec tes visites éclair qu’on pourra faire le tour. Mais bon, j’ai de la facilité pour taper à la machine et ça m’amuse.


Voici donc quelques correctifs :


Ta remarque ne m’a pas particulièrement interpellé, puisque, à part ton témoignage du CICR, tu n’as pratiquement rien dit d’autre.


Ce qui relativise particulièrement l’importance que j’y accorde et donc tes conclusions hâtives sur mon supposé manque de confiance.


Si tu savais lire, et je ne parle pas de ce qui est entre les lignes, tu réaliserais à quel point je ne suis pas tributaire de la flatterie. Comment en serait-il autrement pour un narcissique de mon espèce ?


La part de spontanéité et de préméditation de ton discours est ma foi bien difficile à définir puisque tu savais l’effet que ces mots provoqueraient immanquablement.


Un aveugle est déjà un handicapé, pléonasme. Ici, l’aveugle n’est certainement pas celui qu’on croit puisqu’il te faut les yeux d’un autre (les esprits libres qui se baladent sur des avenues) pour voir.


La mort est vraisemblablement la plus spectaculaire des supercheries puisqu’elle est forcément contenue dans l’éternité.

Qu’est-ce qui te fait penser que je crois en un ego autonome. Celui qui croit ici c’est toi puisque tu t’appliques à cesser de croire. Et tu prétends que c’est simple. Si c’était le cas, tu n’aurais pas besoin de ces guides touristiques qui se baladent sur des avenues.


Pffouit, plus de Pierre ! Quelle angoisse ! Mais pour qui ? Sûrement pas pour Pierre puisqu’il n’est plus là. D’ailleurs il n’a jamais vraiment été là. Il n’existe que dans l’image que les gens s’en font, bien soucieux de pouvoir coller une étiquette intelligible sur un phénomène qui leur échappe. D’ailleurs, pour certains, il ne reste que l’option de considérer cet amas d’agrégats comme un phénomène bizarre.


Tu n’imagines pas à quel point je me sens libre, c’est peut-être ce qui peut sembler bizarre à certains. Je n’ai de comptes à rendre à personne. Pas même à moi-même puisqu’un faux-pas me fait immédiatement trébucher. Je n’accumule plus, ni mérites, ni karma. Je me complais dans une forme de vide que j’évite de remplir, bien trop conscient des empressements de mister mental à combler et justifier. C’est bien vrai que j’ai été doté d’un esprit torturé. C’est donc en toute honnêteté que mon esprit se méfie de lui-même et qu’il en résulte une certaine forme de dérision assez délicieuse. Pas assez à mon goût. L’humour me fait encore défaut et je peine à batailler gratuitement, pour la beauté du geste. Mes périples en Asie et ces 50 ans de recherche pathétique, pour reprendre tes termes, m’ont imprégné de fatalisme mais pas assez. Je rêve encore à la feuille portée par le vent, insouciante et totalement irresponsable.


J’observe un décalage toujours plus grand lorsque je descends en ville. Mon oisiveté et mon isolement m’emmènent gentiment quelque part, je me réjouis de découvrir où.

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